Enrênements : diabolisation et questionnements

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Enrênements : diabolisation et questionnements

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Je sais, encore un énième article sur les enrênements. On peut dire que le sujet a été traité maintes et maintes fois. On trouve tout et son contraire sur le net. Aujourd’hui, mon but n’est pas de lister ce qu’il faut ou ne faut pas faire mais plutôt de poser noir sur blanc mes réflexions sur le sujet.

Déjà, je pars d’un constat ou plutôt d’un ressenti. Aujourd’hui, on est vite pointé du doigt dès qu’on utilise certaines aides artificielles, notamment les enrênements. C’est une réaction que je comprends. On voit tellement de choses sur les réseaux que c’est normal que ça en hérisse le poil. De plus, ça souligne un prise de conscience de ces dernières années sur la question du bien-être du cheval.

Pour rappel, je ne suis « que » cavalière de club, je ne suis pas proprio, je ne suis pas pro. Je ne prétends donc pas prêcher parole divine.

Les aides artificielles, dont les enrênements et autres muserolles font partis, comme leur nom l’indique, des aides ! Le problème en soi n’est donc pas l’objet en lui-même mais l’utilisation qu’on en fait.

Fonction des enrênements

Chacun de ces objets a donc une fonction précise sur laquelle je vais revenir brièvement afin de contextualiser la suite. Si vous souhaitez en savoir plus, de nombreux articles reviennent en détail sur le sujet.

La martingale : limiter les mouvements intempestifs vers le haut.

Le gogue : abaisser l’encolure et ainsi faciliter la musculation du dos du cheval (pour peu que celui-ci engage ses postérieurs sous la masse).

Les rênes allemandes : puissant abaisseur. Souvent confondu comme un outil de « mise en main ». Les rênes allemandes favorisent une « attitude » du cheval. Au cavalier d’en tirer parti et de s’en servir à bon escient.

La muserolle : limiter l’ouverture de la bouche mais aussi stabiliser la position du bridon.

Embouchure : outil de communication entre la bouche du cheval et la main du cavalier, servant à transmettre des indications. Objet précieux mais non nécessaire à l’établissement d’une connexion globale permanente.

Noseband : lien délicatement ajusté, passant par la muserolle et visant à limiter l’ouverture de la bouche du cheval, empêchant ainsi les mouvements latéraux excessifs du mors.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, on voit surtout un emploi des enrênements pour qu’ils fassent le travail à notre place.

Ces outils, comme tous, ne doivent pas être utiliser n’importe comment et nécessitent des réglages spécifiques. Ils ne doivent pas non plus « brider » (sans mauvais jeu de mot) la volonté du cavalier à se questionner sur ses actions et à chercher les bonnes interprétations de l’attitude de sa monture.

“Les enrênements sont des moyens mécaniques qui agissent sur l’attitude du cheval, généralement sur le placement de la tête et de l’encolure, ainsi que leur angle de fermeture.”

Wikipedia

“Ils ne se substituent pas aux aides du cavalier mais peuvent les compléter”

FFE (1995)

Diabolisation

Aujourd’hui, je me pose la question au sujet des enrênements mais c’est quelque chose qui vaut également pour la question du mors.

Naturellement, le cheval n’est pas fait pour se trimballer avec un bonhomme sur le dos à faire sauts et autres pirouettes. Il est fait pour vivre dans la nature en groupe. OK. Sauf que ça fait un paquet d’années que le cheval a été domestiqué, d’abord à des fins utilitaires puis pour le loisir et le sport. On ne va pas refaire l’histoire.

La première raison de l’utilisation des enrênements est de vouloir travailler son cheval dans le bon sens. Cela signifie travailler son cheval de façon à ce qu’il soit sur la main, qu’il engage les postérieurs sous sa masse et donc qu’il vienne tendre sa ligne du dos. Pour atteindre cette attitude, l’encolure doit s’abaisser pour que les apophyses épineuses s’écartent et que les disques intervertébraux se resserrent. Cette attitude doit être atteinte dans la décontraction car un cheval qui travaille de cette façon, se muscle de manière harmonieuse et s’assouplit sans aucune douleur. Les enrênements ont pour objectif d’aider le cheval à s’orienter et à maintenir cette attitude juste

Avez-vous parfois dit ou pensé « je n’utilise pas de mors/chambrière/éperons/cordelette/selle/bride/cravache/enrênements/licol corde… parce que cela fait mal à mon cheval/lui fait peur/est dangereux/je n’aime pas ça/est inutile » (rayer les mentions inutiles).

Force est de constater qu’à force d’idées reçues, accentué ces dernières années par les réseaux sociaux, on en arrive à avoir peur de l’outil.

Est-ce que nous pouvons dire que nous justifions cette peur que nous avons de mal utiliser un simple outil en le diabolisant et le rendant coupable de tous les maux?

Mais un outil n’est que cela, un objet dont les effets dépendent de l’utilisation que nous en faisons. Les objets ne sont pas responsables de l’utilisation que l’on en fait.


Questionnements

Chaque outil a une utilité et une pertinence à une étape de la vie du cheval et de celle du cavalier. Nous avons le droit d’avoir peur de mal utiliser un objet, de blesser ou de nuire.

Je parlais plus haut d’idées reçues. Sur le sujet, celle qui revient le plus c’est que ceux qui montent sans enrênement/mors… sont meilleurs et que ceux qui utilisent ce genre d’outils sont des bourreaux. Le clivage est net.

Je trouve ça un peu extrême comme vision. Et j’ai beaucoup de mal, même si je fais encore beaucoup d’erreurs, à me considérer comme un bourreau.

Mais comment en est-on arrivé là ?

Sûrement parce que, comme dans tous les domaines, il y a eu des dérives. Les enrênements, comme d’autres outils ou pratiques, ont été utilisés à tort et à travers, comme des caches-misères, sans réelles connaissances de leurs effets et de leur utilisation, en voulant obtenir un résultat rapidement, en voulant aller trop vite.

Alors est-ce que les enrênements sont pour ceux qui ne savent pas monter ?

Tout le monde n’a pas le même niveau, tout le monde n’a pas les mêmes objectifs, tous les chevaux n’ont pas le même fonctionnement.

Il peut être pertinent d’utiliser certaines aides afin d’aborder des exercices plus complexes et évolués, passer un cap dans le travail/dressage que ça soit du cheval ou de cavalier. Mais il ne faut pas que l’aide utilisée devienne permanente.


Mon utilisation

Je m’intéresse de près à la question du bien-être équin, j’essaie de comprendre au mieux l’animal, ce dont il a besoin et ce que je peux faire en ce sens. Pourtant, j’utilise des enrênements, un pelham… J’ai beaucoup de mal à me situer au milieu de tout ça. Les injonctions sur ce sujet sont tellement fortes et parfois extrêmes qu’elles en viennent à nous culpabiliser. La remise en question est salutaire, pourtant on a vite fait d’être découragé. Mais tout cela est-il vraiment incompatible ? L’équitation, d’un point de vue sportif, est-elle incompatible avec le bien-être du cheval ?

Je mets des rênes allemandes à ma monture régulière depuis peu. J’avais déjà utilisé un gogue commandé pendant un temps. Il a fait son job. Mais au bout d’un moment, la jument nous a fait comprendre qu’elle en avait ras-le-bol et ce n’était plus productif.

Pendant longtemps, je l’ai monté avec une « simple » martingale à anneaux. Elle a vite tendance à passer au-dessus de la main. Ce qui, morphologiquement parlant, n’est pas franchement adéquat.

Je l’admets, aujourd’hui, j’utilise des enrênements pour combler des lacunes, je n’ai pas les compétences techniques pour réussir à la monter dans le bon sens tout le temps. Sur certains chevaux, j’y arrive. Dans ce cas, aucun intérêt d’utiliser quelconque outil artificiel. Pour d’autres, c’est plus compliqué. Parfois, je suis dépassée, je n’ai pas les compétences, je ne trouve pas la solution alors je m’aide de certains outils. Bien sûr que je préfèrerai m’en passer. J’aimerai être assez bonne cavalière pour me suffire à moi-même. et bien sûr que l’objectif est de pouvoir m’en passer à terme. Soit parce que mes propres progrès soit ceux de ma monture me permettent d’obtenir le travail « juste ».

Le but n’est pas de lui faire traîner le nez dans le sable. Elle a un port de tête haut et je ne cherche pas aller contre son fonctionnement naturel. Je cherche plus à abaisser le chanfrein pour qu’il se rapproche de la verticale et légèrement agir sur sa nuque pour qu’elle ne creuse pas son dos. Agir aussi sur sa raideur à droite. Je ne cherche pas à la coincer. Il arrive qu’elle s’ouvre de temps en temps, avec ou sans enrênement, et c’est ok, c’est sûrement la conséquence d’une mauvaise action de ma part.

Par exemple, au mois de juillet, j’ai énormément travaillé sur des exercices basiques (cercles, transitions, variations d’amplitude) en alternant avec et sans enrênement. Pour ne pas la braquer mais aussi pour nous mécaniser, elle comme moi, dans une attitude la plus confort possible. Moi pour cerner les sensations que je dois chercher et les actions que je fais et qui me permettent de les trouver, elle pour apprivoiser les ressentis dans son corps en fonction de différentes attitudes qu’elle prend. Travail de la détente sans les utiliser puis commencer à agir avec une fois échauffée.


Je fais aussi des erreurs bien-sûr avec les enrênements. Parce qu’on ne naît pas avec la science infuse, c’est un outil qu’il faut apprendre à utiliser. Mais j’essaie, j’apprends en étant au maximum à l’écoute de ma monture, de ce qu’il se passe sous ma selle, de ce que je sens et ressens. Parce que c’est surtout ça l’équitation finalement, une question de sensation, de feeling.

J’ai bien conscience que je touche là à un sujet délicat (et ce n’est pas la première fois). J’ai essayé de l’abordé avec le plus de diplomatie et d’objectivité. Je partage simplement mon avis. Je ne dis pas que je suis forcément dans le juste. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre. Disons que j’ai un avis tempéré sur un sujet qui prête à polémique.

Je tiens quand même à souligner que ce ne sont pas des outils à prendre à la légère. N’oublions pas que nous avons la responsabilité de l’intégrité physique et morale de ne chevaux. Les enrênements comportent un risque de devenir « accro » au sentiment qu’ils peuvent donner, cette impression de « bien » monter, d’être au contrôle. Il ne faut pas oublier de se faire encadrer par une équipe de professionnels, que ça soit au niveau du coaching comme sur l’aspect santé. Un enrênement ne règlera pas, ne guérira pas un soucis pathologique.

Sources et lectures complémentaires :

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