Ce sentiment d’échec

📸  Lucio Landa

Si il y a un genre d’article que j’aime rédiger, c’est bien ceux-là, ceux qui traitent de sujets de réflexion, d’introspection, qui pousse à réfléchir, à me remettre en question et à analyser mon expérience.

L’autre jour, je discutais avec notre cavalière éclopée préférée, Clémence du blog Horsyklop et elle m’a donné envie de traiter ce sujet, ce sentiment qu’en tant que cavalier on a tous ressenti à un moment donné, que moi-même j’ai ressenti à plusieurs reprises, un sentiment d’échec.

Pour remettre les choses dans leur contexte, Clémence s’est faite opérer du genou il y a quelques mois. Depuis elle a pu se remettre en selle et même retrouver le chemin des terrains de concours. Pourtant, elle a le sentiment de ne pas avoir totalement récupéré depuis son opération, elle a l’impression de ne plus avoir le même niveau ni le total contrôle de son corps. Résultat, elle n’est plus à la hauteur de ce qu’elle attend d’elle-même et se retrouve en situation d’échec. (N’hésitez pas à aller la suivre sur Insta et à découvrir ses publications sur lesquelles elle explique très bien son ressenti).

Tout ça, les mots que Clémence a pu employer, m’a rappeler que cette situation, même si le contexte, le déclencheur était différent, je l’ai vécu et je le revivrai sûrement.

Alors je vais mélanger plusieurs choses dans cet article mais ce sont des choses qui, à mon sens, sont liées.


Déjà, en tant que cavalier et je pense dans toute autre activité, il y a un schéma qu’on voit se répéter : progression, stagnation, régression puis progression à nouveau. Comme si on avait besoin de se poser pour emmagasiner tout ce qu’on apprenait puis de prendre de l’élan pour enjamber une nouvelle marche.

C’est un fait, on passe tous par là, on le sait et pourtant ce ne sont pas des périodes faciles à vivre pour autant.

Les périodes de stagnation et de régression peuvent être plus ou moins longues. Et plus elles durent, plus on se met à douter. Et si je n’étais pas faite pour ça ? Et si j’étais nulle ? Et si j’avais atteint le niveau maximal que je pouvais attendre ? (oui, ça sent le vécu. Ces questions, je me les suis posées). Et si… ? Et c’est le cercle vicieux.

On doute, on se met la pression, on se plante ou on n’est pas à la hauteur de ce qu’on attend de nous-même, on doute encore plus et ainsi de suite.

Parfois, c’est justement parce qu’on a appris quelque chose ce qui, on le sait, à cheval, peut dérégler tout le reste, il suffit de si peu. Parfois, comme pour Clémence, notre santé nous a obligé à rester sur le banc de touche, les raisons sont diverses.

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Mais comment s’en sortir ?

Cet article n’est pas là pour vous apporter des solutions miracles. Déjà parce que j’en ai pas mais aussi parce que je pense que la solution est en nous en fonction de chacun (ça fait un peu gourou de secte dit comme ça). On doit prendre du recul sur notre situation prendre et désamorcer nous-même ce conflit intérieur.

Après, il y a malgré tout quelques pistes à creuser.

  • En parler à son coach. Après tout c’est celui qui nous connaît le mieux équestrement parlant et qui sera capable de mettre le doigt sur le blocage
  • Démonter sa routine. Ca, c’est du vécu. Quand je suis en difficulté ou en échec, ma solution c’est la fuite en avant. Dans le cas de l’équitation, j’ai tendance à m’acharner. Refaire encore et encore ce que je n’arrive pas à faire, avec le même cheval. On tourne en rond comme un poisson rouge dans son bocal. Faire d’autres exercices, parfois plus simple, des choses que l’on sait faire, que l’on est sûr de réussir, ne serait-ce que pour reprendre un peu confiance en soi. Monter un autre cheval. Confier le sien quand on est proprio, monter celui d’une copine, demander à changer quand on est en club. A force d’avoir le nez dans le guidon, on ne voit plus rien. Monter un autre cheval permet d’avoir d’autres sensations, de mieux cerner ce qu’on fait/demande mal, de sentir autrement ce qu’on souhaite obtenir.
  • Faire une pause. Que ce soit ne plus monter ou alors faire totalement autre chose. J’ai fait les deux. A un moment, je m’acharnais tellement sur mes blocages que j’en ai oublié pourquoi je montais à cheval. Après tout, on fait ça pour le plaisir, par passion. Eh bien j’en étais arrivée au point où justement je ne me faisais plus plaisir. J’ai arrêté quelques semaines, suffisamment pour que ça me manque. Puis j’ai fait une balade. Pas de performance, juste du plaisir. Et en retrouvant cette sensation, je me suis concentrée dessus. J’ai détaché mon attention de la performance et quelque part ça m’a débloqué.
  • Changer de coach. Sans être extrémiste, parfois, faire quelques séances avec quelqu’un d’autre peut suffire. Un regard neuf va voir des détails que notre coach qui nous voient toutes les semaines voir tous les jours ne voit plus. Ne nous connaissant pas, il peut aussi nous demander des choses nouvelles. Tout ça rejoint le fait de changer de routine en fait.

Mon expérience

Jusqu’à la fin de l’année dernière, j’ai été dans une de ces fameuses périodes, j’en ai d’ailleurs parlé ici. J’ai longtemps monté une jeune jument (la fameuse, celle que vous voyez partout sur mon Insta). Au départ, j’ai beaucoup appris. C’était la première fois que je gérais le travail d’un jeune cheval de A à Z. Et puis j’ai stagné, j’ai pris de mauvaises habitudes. Elle est tardive et moi, je n’osais pas la brusquer. Et puis, je ne montais qu’elle à cette période. Mon coach a fini par me l’enlever. Sur le coup, je l’ai très mal vécu, je voyais ça comme un échec, pour moi, ça voulait dire que je n’étais pas à la hauteur. J’étais tellement focalisée là-dessus que je n’ai pas tiré parti de ce que les autres chevaux avaient à m’apprendre. Je ne voyais/voulais qu’elle (le coup de foudre, que voulez-vous !).

Et puis j’ai monté une petite marche. Je m’en suis rendue compte aux championnats de France de Lamotte cet été. J’ai pris conscience du chemin que j’avais déjà parcouru et en tant que cavalière et en tant que sa cavalière. Mais la grosse marche, c’est en ce moment que je suis en train de la gravir. Encore une fois, mon coach me fait monter plusieurs autres chevaux depuis le début de l’année. Sauf que cette fois, j’ai décidé d’en tirer parti. Je m’applique, j’analyse, je cherche, je ressens et surtout j’apprends. Comment je le sais ? Je m’en rends compte quand je suis en concours. J’anticipe plus, je ressens plus, je prends de meilleures décisions.

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Parfois, il faut juste laisser du temps en au temps. Je sais, c’est facile à dire. Surtout qu’on peut me qualifier de beaucoup de choses mais certainement pas de patiente. Pourtant c’est ce que mon expérience m’a appris. Ne pas baisser les bras, prendre du recul et patienter, les choses arrivent petit à petit. Et surtout, ne pas oublier le plaisir. Après tout, c’est pour ça qu’on fait ça non ?

Une dernière chose que j’ai apprise et qui vaut à cheval mais aussi dans la vie. Se remettre en question c’est bien sûr nécessaire mais trop se remettre en question n’est pas productif, on n’avance plus, pire on regarde les choses se passer, on subit trop occupé à réfléchir et se poser des questions pendant que tout évolue autour de nous mais sans nous.

 

Je n’ai pas parlé de confiance en soi qui peut aussi être une cause de ce sentiment d’échec. Mais l’article est déjà suffisamment long comme ça et c’est un sujet tellement vaste qu’un article lui sera consacré.
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6 Responses

  1. Un super article qui doit parler à beaucoup de monde ! Moi la première !

    Ce sentiment d’échec, je l’ai vécu aussi. Et aussi paradoxal que ça puisse paraître, j’ai réussi à m’en sortir non pas ne changeant de cheval, ou de coach, mais en observant encore plus mon cheval.

    Et derrière j’ai réussi à analyser la tâche que j’étais en train de demander à mon cheval et en la décortiquant jusqu’à trouver toutes les micro étapes qui me permettent d’arriver à mon but final. Mais ça je crois que c’est mon job qui m’a aidée (déformation professionnelle, vive les instit’ !) ! ^^

    Bref, je pourrais dire que tout le monde connait ce genre de situations. Et elles sont aussi formatrices que pénibles à vivre je crois ! ^^

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire !
      J’ai eu que des super retours dessus et des témoignages très touchants. En effet, on passe tous par là, même sans parler d’équitation. Après le fait de faire une activité en contact avec un être vivant exacerbe tout.

      Sans être instit, je décortique tout également, parfois trop ! –‘ Mais ça aide aussi à comprendre certaines choses. Observer aussi aide beaucoup.

      Quoi qu’il en soit quand on a le déclic, on se rend compte que même si on en a bavé, on en sort grandi et puis ça nous permet aussi d’autant plus savourer les réussites et les moments où tout se passe bien !

  2. Super article, très intéressant 🙂
    En ce qui me concerne, je ne suis qu’une simple cavalière de club, niveau Galop 4, pratiquant 1 fois par semaine, enfin bref, je pratique peu et à un niveau assez bas. Cependant, je constate que, même à ce niveau, on peut se retrouver en situation d’échec et avoir ce sentiment amer à la fin d’une séance. C’est un sentiment extrêmement désagréable qui me pousse à me poser énormément de questions (« Ai-je vraiment le niveau? », « Suis-je vraiment faite pour ce sport? », et j’en passe des pires et des meilleures). Ce sentiment d’échec me fait également perdre mes moyens et ma confiance en moi! Il n’y a rien de pire en équitation!
    Sur ce, bon week-end à toi 🙂

    1. Merci beaucoup pour ton témoignage !

      Tu sais, ça n’a rien à voir avec son niveau ou son rythme de pratique. Je suis cavalière de club et je ne monte donc pas tout les jours. Ca ne m’a pas empêché de vivre ce genre de moment, même quand j’avais un plus petit niveau.
      Le gros problème que j’ai c’est que je me compare tout le temps (c’est mal, je sais). J’ai commencé l’équitation assez tard (à 20 ans) et je me suis fait des copines au club de mon âge mais qui montait depuis enfant. J’ai très mal vécu cet écart de niveau mais en même temps il m’a poussé à me surpasser. Ca me donnait envie d’évoluer encore plus ! et c’est ce qui s’est passé !.

      Alors je ne saurai pas te donner des conseils sur la confiance en toi (et je serai très mal placée pour le faire étant donné que la mienne est à -8000) mais s’il y a une chose que j’ai appris c’est de ne jamais abandonner. Après tout, si on fait ce sport c’est pour nous, par passion, qui peut dire si on est fait pour ça ou pas ? On prévoit pas d’en faire notre métier. Alors même si parfois tu doutes, n’oublie pas pourquoi tu as choisi de monter à cheval !

      Bon week-end à toi !

  3. Ok donc j’ai eu les larmes aux yeux en lisant ton article.
    Parce que je suis en pleine phase de « régression ». J’ai perdu toute confiance en moi, en mon cheval – je suis tombée en balade en perdant le contrôle.
    Et je stress à mort, c’est con, ça m’énerve, j’ai l’impression d’être une débutante.
    J’ai confié mon cheval à ma coach.
    Je me remet à monter l’un de ses chevaux, une assurance vie. J’ai éclaté en sanglots lors de ma première séance, j’ai craqué, sous le stress de cette peur qui me prenais la gorge après cette chute. (je ne me suis pas fait mal, mais j’en ai pris un coup au moral)
    Mais j’apprends.
    Ce stress, je cherche à le gérer.
    Et j’accepte de changer de cheval pour mon bien (et celui de mon cheval)
    C’est une phase, je le sais, mais elle est frustrante, horriblement dure pour la confiance en soi, et pour le moral.
    Ca passera, et j’apprendrais. (j’espère)

    Merci pour ton article!

    1. Oh, je n’ai pas voulu retourner le couteau dans la plaie ! 🙁

      Ton contexte est plus particulier parce qu’il y a une chute, un traumatisme qui t’a ébranlé. Et si au début de ma pratique quelques chutes m’ont « refroidie », je n’ai jamais connu une chute qui m’a à ce point fait douter.

      Mais je pense qu’il ne faut pas que tu te punisses d’avoir peur de remonter. Sois plus indulgente avec toi, c’est humain d’avoir peur après une grosse chute. Plus d’un ont carrément abandonné d’ailleurs. Tu as eu le courage de remettre le pied à l’étrier et ça, c’est déjà une victoire, tu devrais en être fière ! Tu as eu l’intelligence de reconnaître cette faiblesse (passagère) et de confier ton cheval à ton coach. Ca aussi c’est courage et tu devrais aussi en être fière.

      Il faut que tu te laisses du temps. A trop te mettre la pression, tu risques de nourrir ton stress et de ne plus pouvoir t’en défaire. Laisse le sortir. Si tu as besoin de pleurer, pleure, ça soulage aussi, c’est une manière d’évacuer la pression. Et sois fière de chaque petite marche montée, retrotter, regaloper, remonter sur ton cheval, ressortir en extérieur…

      Bon courage à toi et surtout tiens moi au courant (et n’hésite pas si tu as envie ou besoin d’en parler. Fb, mail, insta, je suis partout 😉 )

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